
En avril, nous recevions la compagnie Max Ollier pour une résidence d’une semaine sur leur prochain projet Vexations Mécaniques. Nous avons eu la chance d’interviewer Maxime Ottinger et Thomas Valentin durant leur semaine de résidence… Vous retrouverez la retranscription de l’interview complète dans cet article.
Pour voir le début de cette interview filmée : rendez-vous sur nos comptes Instagram et Facebook !

Maxime Ottinger : Moi c’est max Ollier, Maxime Ottinger de la compagnie Max Ollier c’est moi qui mène le projet qu’on fait ici au LEM, avec le comparse Thomas Valentin.
Thomas Valentin : Voilà moi je suis musicien, pianiste à la base et comédien aussi.

M : La Cie Max Ollier existe depuis 2014, au départ c’était un personnage créé avec un spectacle qui s’appelle Le Colporteur de chansons à souvenirs, où je travaillais déjà avec de la musique mécanique avec un petit componium qui fonctionnait avec des cartons, et en fait la compagnie a travaillé longtemps sur la chanson et ce qu’elle représente pour nous, travailler sur le souvenir sur le personnage de Fréhel, la chanteuse réaliste et après on a travaillé sur la censure aussi, toujours autour de la chanson. Mais la musique mécanique était toujours dans le coin et là la création actuelle, Vexations Mécaniques, on part vraiment sur de la musique mécanique, il n’y a plus de chansons mais il y a toujours de la musique mécanique, toujours la question de l’homme et la musique, l’homme et la mécanique.

M : Le but ultime c’est une performance de 18 à 20 heures autour d’une machinerie qui répète en boucle un thème d’Erik Satie qui s’appelle Vexations qui a été conçu par Erik Satie pour se le jouer 840 fois. Le pari ça va être de faire ces 840 répétitions mais avec de la musique mécanique et en profiter pour réfléchir sur la relation entre l’homme et la machine, entre les hommes face à la machine aussi et autour du thème qui se répète : il y a d’autres mécanismes qui se mettent en branle, qui provoque d’autres sons, plus ou moins aléatoires, rythmés, et aussi un peu de machinerie électronique avec quelques pédales de boucle et pédale d’effets qu’on utilise aussi pour boucler des boucles, et reboucler des boucles et, reboucler des boucles (…)
T : Et oui ce thème tu l’as choisi car c’était un thème très court très répétitif et tu l’as choisi… pourquoi tu l’as choisi d’ailleurs ? tu voulais travailler sur Satie ?
M : il y a plusieurs choses qui se sont croisés au même moment dans ma tête, il y avait l’envie de travailler sur Satie, la boite à musique et la scie musicale parce que l’univers me plait pas mal et au niveau de la sonorité je trouve ça très intéressant, et à force de bosser avec des componiums je passais mon temps à régler des problèmes mécaniques ! On utilise la musique mécanique en se disant « c’est bien on a pas besoin de jouer d’instrument on a juste à chanter dessus » mais en fait on passe notre temps à régler des problèmes et je me suis dit que justement ce temps long ces 840 répétitions permet de s’interroger sur ce qui marche, ce qui marche pas. Pourquoi ça marche, est ce que la machine nous aide, est ce qu’elle nous emmerde ou les deux à la fois ? Ça dépend des moments… les choses se sont imbriquées comme ça.
T : J’ai lu hier que ce thème là il se l’est écrit pour lui-même car « Vexations » en fait il a eu une dispute avec quelqu’un dans une loge maçonnique, ( M : un chagrin d’amour ? ) et c’était pour se punir de ça j’ai l’impression.
M : Et c’est une œuvre de jeunesse, elle date de 1893 ! Il avait entre 20 et 30 ans.

M : J’avais d’abord commencé à construire la machine chez moi dans un premier temps dans mon atelier, j’avais commencé à développer une petite forme, en solo avec la machine et des textes et le prochain objectif de l’évolution du spectacle c’est d’arriver à 105 répétitions donc 2h30 à peu près d’improvisation. Là (ndlr : durant cette semaine de résidence au LEM) c’était vraiment commencer le travail à deux, comment on se passait la machine, ce qu’il y a autour de la machine, comme on se passait les textes, et donc on a besoin d’un plateau. On a travaillé vraiment comment on s’écoute : ça reste de l’impro il n’y a rien d’écrit, mais c’est voir comment on improvise ensemble, comment on se rencontre dans l’improvisation.
T : Après il y a la musique, les textes : choisir les textes, quand tu en rajoutes du texte il y a du signifiant, c’est tous des textes qui ont rapport avec la machine, la mécanique, par exemple il y a un texte de Karl Marx, une poésie, des témoignages actuels, de gens qui nous parlent du rapport qu’ils ont avec leur outil de travail machine, et on se pose la question de comment on insère les textes, comment on les dit, avec de la mise en scène. C’est un peu improvisé pour l’instant on essaye plein de choses mais il faudra quelqu’un qui nous suit après pour la mise en scène…
M : La machine on la prend dans ce spectacle au sens large, ça veut dire si on va dans le temps on peut passer par la machine à tisser, on prend les premières choses automatisées, mais la réflexion va jusqu’à l’informatique, l’électronique, les algorithmes, l’IA tout ça on l’englobe dans la machine et on a envie d’interroger notre rapport actuel à ça et l’idée des textes c’est d’aller chercher soit des textes anciens du 19e des textes littéraires, des témoignages ou des essais philosophiques ou politique, au début de l’omniprésence de la machine dans la vie humaine au moment du taylorisme de toute ces choses-là et de le relier à des témoignages actuels de gens que l’on croise, pour l’instant on en a deux, qui nous parle de l’ordinateur du problème de l’hyperconnectivité et l’autre parle de sagesse, de rester dans des petites machines et de pas trop grossir, l’idée c’est d’en faire un spectacle libre de droit, j’y tiens, donc utiliser des textes anciens, ou des témoignages et textes écrits par moi-même pour rester libre droit dans une idée où la technologie doit être faire par et pour tous et pas par quelques-uns
T : Pour le profit de quelques-uns…
M : Avec l’esclavagisme de certains. Ou de tous les autres ?
T : C’est un spectacle mais c’est aussi une performance. On va présenter un extrait tout à l’heure (ndlr : sortie de résidence professionnelle) mais les gens sont libres de quitter la pièce on l’on est, de passer de rester deux heures s’ils veulent, c’est plus une performance qu’un spectacle.
M : On est encore dans une formule frontale pour le moment, on va faire trois quarts d’heure, une heure mais après ça sera plus immersif, les gens rentrent dans un espace où il y a des machineries, des gens qui travaillent et on les observe travailler. Et nous on va faire du bruit. C’est pas mal comme boulot… (rires)
Merci à la compagnie Max Ollier !